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Granit - Mémoire de pierre : Le projet

Images et paroles des habitants sur l’activité  et la vie sociale et culturelle liée au travail  du granit dans la région de Saint-Michel-de-Montjoie – Noues-de-Sienne. Le territoire frontalier entre les départements de la Manche et du Calvados, situé à cheval entre la haute vallée de la Sée et le sud du Bocage Virois, est attaché historiquement à la production et au travail du granit. Cet espace a connu une activité florissante à partir du granit : extraction, taille pour le bâtiment, la voirie, les monuments funéraires… Multiséculaire, celle-ci est aujourd’hui quasiment éteinte, concurrencée par des zones de production à bas coût, au niveau mondial. Afin de sauvegarder et partager cette culture spécifique, les associations La Loure et Le Labomylette ont uni leurs savoir-faire. La création photographique et le recueil de la parole des habitants donnent la matière à cette exposition, évolutive et en perpétuel enrichissement, et nourrissent des temps de médiation sur le territo...
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46. Regard sur l’évolution de Saint-Michel-de-Montjoie

Jocelyne Ozenne – Saint-Michel-de-Montjoie Regard sur l’évolution de Saint-Michel-de-Montjoie Maire de la commune depuis 2010, Jocelyne y est également née en 1958 et elle sait très bien défendre son territoire. «  On dit toujours : "T'es sur les hauteurs…", "Ta Sibérie…", ça je l'ai entendu d'autres maires ! Oui, enfin voilà, on a une super belle vue sur la vallée de la Sée à Saint-Michel-de-Montjoie. J'aime bien ma commune   ! ». Jocelyne mesure les évolutions majeures qui ont marqué les cinquante dernières années. «  On a quand même un paysage qui a beaucoup changé. Notre commune, avant, c'était tous les petits clos, les boules de granit qui sortaient plus ou moins, plus ou moins hautes et tout. Et, aujourd'hui, on a un paysage avec des boules de granit entassées le long des talus. C'est pour ça que j'aime bien aller sur Champ-du-Boult, parce que ça s'est conservé. Mais à Saint Michel, aujourd'hui, il faut les chercher l...

45. Le temps de travail dans les carrières

Jackie Eude et Joël Fouché – Le Gast / Champ-du-Boult Le temps de travail dans les carrières La mécanisation dans les carrières a induit, progressivement, une baisse de la part des tâcherons parmi les ouvriers pour privilégier des embauches directes. S’ils n’étaient pas toujours payés bien cher, les tâcherons, auparavant, avaient une relative liberté à laquelle ils étaient attachés : liberté de changer de patron, liberté de son temps, liberté parfois de gagner plus dans la mesure où ils étaient payés à la pièce… Jackie précise : «  Tu sais, ils travaillaient quand ils voulaient. Parce que, les carriers, ben, quand c'était l'ouverture de la chasse, t'avais plus personne dans les carrières, hein, ils étaient tous partis à la chasse ! Enfin beaucoup, 60 % je dirais...  ». Joël évoque une anecdote à ce sujet, concernant deux frères qui travaillaient alors en carrière : «  C'est sûr que c'était tout à fait différent de maintenant. Une fois, j'avais été amusé,...

44. Le Parc-musée du granit, héritage et interrogation sur l’avenir

Jocelyne Ozenne – Saint-Michel-de-Montjoie Le Parc-musée du granit, héritage et interrogation sur l’avenir Maire de la commune de Saint-Michel-de-Montjoie depuis 2010, Jocelyne a aujourd’hui une partie de la destinée du Parc-musée du granit entre ses mains. Celui-ci a été fondé en 1975 par le maire de l’époque, Marcel Cathrin, épaulé par son premier adjoint, Maxime David, par ailleurs  patron de la principale entreprise de taille de granit de la commune . «  Ouais, c'est vraiment tous les deux qui ont eu l'idée. Je pense que c'est leur amitié qui a fait que ça s’est réalisé  ». Constitué autour du savoir-faire des carriers et tailleurs de pierre du secteur, le musée rassemble un ensemble de pièces originales mettant en valeur le travail du granit. Jocelyne retrace l’histoire du lieu en feuilletant le cahier d’inventaire. «  Le cahier a commencé en 72, donc l'idée devait dater au moins du début des années 70, parce que le temps de mettre tout ça en route, de trouve...

43. La silicose

Jocelyne Ozenne – Saint-Michel-de-Montjoie La silicose Maurice Marie était le père de Jocelyne. Ancien polisseur aux établissements David, à Saint-Michel-de-Montjoie, il est décédé de la silicose. « Il est décédé d'insuffisance respiratoire, ses poumons ne fonctionnaient plus. Il avait 81 ans. Ça l'a pris, bah, un peu comme tous, dans les 75- 76 ans, il a commencé à avoir du mal à respirer. Puis il a été reconnu silicose  ». La silicose est une maladie entraînée par l’absorption prolongée de poussières qui obstruent progressivement les voies respiratoires. C’est, d’une certaine manière, la maladie professionnelle des travailleurs du granit. «  Mon papa a commencé sa carrière comme apprenti chez Pierre Danjou, la carrière qui est située sur la route du Gast. Il a été travailler après comme tâcheron à Vire au moment de la Reconstruction. Il faisait du moellon à la tâche. Et, ensuite, il a été embauché aux établissements David avec deux de ses frères : Raymond et Berna...

42. Souvenirs d’extraction

Jackie Eude – Le Gast Souvenirs d’extraction «  Le premier compresseur qu'était arrivé dans le Bois du Gast, c'était à Poloche. C'était un Eude... C'était un frère ou un cousin à mon grand-père, c'était la génération au-dessus. C'est un surnom, ça, Poloche. Et mon grand-père, Alfred, c'était Pâté. Poloche, il l'a revendu à mon père, à la fin de la guerre je pense. Ben, d'après mon père, c'était le premier qu'avait "chanté" dans la butte-là. Parce que ça faisait du bruit, hein !  ». En matière de bruit, il faut compter aussi avec les tirs de mine. «  Je me souviens, quand on faisait des mines à la carrière, t'avais la maison ici qui tremblait ! On faisait des "anglaises" pour pousser les blocs... Alors, les anglaises, tu vois, tu fendais ta pierre, elle avançait un peu, et puis là tu faisais des chambres de terre et tu mettais beaucoup de poudre au milieu pour pousser le bloc. Mais quand tu faisais une anglaise, ben,...

41. Ouvrir une carrière

Jackie Eude – Le Gast Ouvrir une carrière Le père de Jackie a ouvert sa carrière dans les années 1940, légèrement en contrebas de celle exploitée par son père et ses frères, dans le bois du Gast. «  Donc, mon père, quand il l'a ouverte – d'après ce qu'il m'a expliqué, hein – valait mieux prendre à mi-pente ; là tu ouvrais et puis t'arrivais dans l'assaut [la masse granitique, ndlr]. L'avantage de prendre en milieu de butte, c'est que, déjà, t'es pas embêté par l'eau, parce que tu l'éjectes par le bas, par siphonage. Et bon, généralement, t'arrives à avoir des fils, des lits pour extraire ta pierre  ». Les fils, lits ou délits sont des fragmentations naturelles de la roche que les carriers vont s’attacher à suivre pour faciliter l’extraction des blocs. Un gros travail consiste dans le dégagement de la carrière. «  La découverte, c'est enlever toute la terre qui est dessus. Bon, alors ça c'est rien quand t'as une pelleteuse,...

40. Le premier carrier diplômé du secteur

Jackie Eude – Le Gast Le premier carrier diplômé du secteur Né dans une famille de granitier, c’est tout naturellement que Jackie embrasse la profession. «  J'ai commencé ma carrière… dans une carrière. Parce que mon père était granitier, je suis un gars Eude donc, jusqu'au service militaire, j'ai été carrier. Carrier extracteur de blocs. Parce que dans les granitiers, il y avait deux sortes : il y avait ceux qui étaient dans le fond du trou et ceux qui travaillaient la pierre, qui les façonnaient et tout ça  ». Après son certificat étude, il entreprend un CAP (Certificat d’Aptitude Professionnelle) de carrier à Louvigné-du-Désert (Ille-et-Vilaine). «  C'était un deal avec ma mère parce qu'elle ne voulait pas que j'arrête l'école ! Et moi, j’voulais pas aller à l'école, donc je me suis retrouvé avec mon père, en carrière, à condition que je passe un CAP. Donc, j'ai passé mon CAP de carrier, tailleur de pierre et boutefeu. Boutefeu, c'est pour ...

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39. Défis, tours et anecdotes de carriers

Jackie Eude et Joël Fouché – Le Gast / Champ-du-Boult Défis, tours et anecdotes de carriers Dans les carrières, les défis entre ouvriers étaient réguliers, prenant souvent la forme de tours de force. Ces paris donnent évidemment prétexte à boire. «  Tout était bon pour boire un coup et qu'il y en ait un qui paie une bouteille  », raconte Joël. Jackie poursuit : «  Quand j'étais gamin, tu vois, j'avais mon oncle qu'était en pleine force de l'âge, Charles en l'occurrence, ben on faisait des camions de tout-venant, des pavés tu sais pour faire des maisons et tout ça. Et quand y’en avait un qu'était très lourd, c'était à qui allait le lever. Voilà, c'était un pari, quoi… Et c'est comme ça que, maintenant, j'ai le dos en miettes, hein, mais bon…  ». Le sourire en coin, Joël évoque le souvenir de Valentin Eude : «  Lui, il était fort de la mâchoire. Donc, ça arrivait dans les cafés ou autre, il disait qu’il était capable de maintenir une bancelle ...

38. Être carrier locataire

Jackie Eude – Le Gast Être carrier locataire Pendant plusieurs générations, la famille de Jackie a exploité le granit dans les bois du Gast, massif qui réunit un grand nombre de carrières. Celles-ci sont la propriété de la famille Pellerin qui a prospéré à la fin du 19 e siècle en héritant de la maison parisienne de parfumerie Roger & Gallet, réputée à l’international. La relation entre les carriers et leur propriétaire est toutefois loin d’être simple. Évoquant l’époque de son grand-père, Jackie précise : «  C'était encore la féodalité ! C'est-à-dire que Monsieur, sur les baux de carrière, t'interdisait de faire des mines de telle heure à telle heure parce qu’il se promenait à cheval. Alors ça, c'était bien quand tu faisais deux mines par jour mais bon, à la fin, on en faisait beaucoup !  ». Les griefs ne s’arrêtent pas là : «  Les Pellerin n'ont jamais voulu amener l'électricité ni même qu'on l'amène nous-même. Donc tu ne pouvais pas avoir de ba...

37. Carriers de père en fils

Jackie Eude – Le Gast Carriers de père en fils Jackie est né en 1952 dans la commune du Gast, d’une famille de carriers. «  Sur le haut de la colline, il y avait la carrière de mon grand-père qu'était de deux générations, c'est-à-dire le grand-père et puis mes oncles, et puis, en dessous sur la descente, il y avait la carrière de mon père qu’il avait ouverte. Dans le bois du Gast, on a eu la chance d'avoir de la pierre à monument, hein, qu'avait pas trop de défauts et qui ne rouillait pas  ». Alfred Eude, grand-père de Jackie, a eu onze enfants. La plupart des garçons ont travaillé dans la carrière avec lui : Charles, André, Jean… Edmond, le père de Jackie, y a naturellement passé un temps avant d’avoir sa propre carrière dans l’après-guerre. Suivant la lignée familiale, Jackie se destine à cette activité : «  Moi, j'aimais bien le métier de carrier, mais on n'y gagnait pas notre vie. Parce qu'il y avait beaucoup de perte. Fallait enlever toute la terre, ...

36. Vivre et exploiter dans un environnement de granit

René Breux – Champ-du-Boult Vivre et exploiter dans un environnement de granit René est né en 1933 au lieu-dit Le Bois-Normand, à Champ-du-Boult, au pied du bois de Montjoie dans lequel se concentre une bonne partie des carrières de granit du secteur. À l’âge de 5 ans, il déménage avec ses parents à 500 mètres de là, à La Basse Aubidière, dans la maison où il vit toujours aujourd’hui. Ses parents sont agriculteurs… et uniquement agriculteurs. À la différence de nombre de travailleurs de cette époque, son père ne se partage pas entre l’extraction ou la taille du granit et l’exploitation agricole : «  Oh non, mon père n'a jamais touché à ça, lui. Je ne l'ai jamais vu tailler une pierre d'ailleurs  ». Exploiter la terre, dans des champs où les boules de granit affleurent en tous sens, n’est cependant pas chose facile. «  Il travaillait avec un cheval. Ben, le cheval, quand il arrivait au caillou, il arrêtait. Il savait le cheval où qu'y’avait l'caillou, il le sentait...

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35. Une vie de maçon

René Breux – Champ-du-Boult Une vie de maçon René a passé l’essentiel de sa vie professionnelle dans la maçonnerie. Après avoir grandi sur la ferme familiale, c’est pourtant en tant que plâtrier qu’il commence sa carrière, au retour de son service militaire, passé en Tunisie. Il est embauché dans l’entreprise Brunet à Vire et apprend le métier sur le tas. C’est sans compter avec les aléas de l’histoire : nous sommes alors en 1954, au mois d’août, et il est rappelé par l’armée pour servir en Algérie avec le contingent. Il y reste jusqu’à Noël avant d’être définitivement démobilisé. Rentré au pays, il va voir son patron à Vire. «  Il voulait bien me reprendre mais il voulait m'envoyer je ne sais pas où. Ça ne m'intéressait pas de repartir pour une semaine. Alors j'ai dit : " j'arrête " . Et puis le maçon de Montjoie, là, il avait entendu dire que je cherchais du travail. Alors il vient un jour me trouver chez mon père, il me dit : " Si tu peux monter des br...

34. Souvenir des carrières du Gast

René Houstin – Le Gast. Souvenir des carrières du Gast. «  Mon père était granitier. On avait une carrière et puis on extrayait la pierre. On travaillait surtout pour les monuments funéraires : sortir des blocs, couper les morceaux et tout ça. Et après, ça partait chez un marbrier qui polissait tout le truc. C’était comme ça les petites carrières de ce temps-là. On était deux ou trois, ça dépendait du boulot qu’il y avait  ». René a grandi dans ce monde du granit aux côtés de son père. «  Mon père, il a dû commencer à l’âge de 15-20 ans, je ne sais pas vous dire. Avant, il devait être commis de ferme. Je n’ai pas connu mon grand-père  ». Le père de René a travaillé avant la Seconde Guerre mondiale pour l’entreprise de marbrerie Peschet, de Saint-Sever. «  C’est mon père qui faisait tourner la carrière. Et puis la guerre est venue et tout le monde est parti de son côté. Mon père était gérant chez Peschet, de la carrière dans le bois. Après la guerre, il s’est mi...

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33. Les ouvriers paysans

Gérard Langlois – Vire Normandie. Les ouvriers paysans. Gérard, comme de nombreux travailleurs du granit, a été double actif. Il a combiné son activité au sein de l’entreprise David, à Saint-Michel-de-Montjoie, avec l’exploitation d’une ferme, en compagnie de son épouse, sur cette même commune. Mariés en 1969, ils reprennent l’exploitation laissée par ses beaux-parents et la développent progressivement. «  On s’est agrandis et, après, on a monté les bâtiments. À la fin, on est sorti avec une cinquantaine de bêtes, à La Foresterie, à côté de la carrière à Chatel  ». À côté de cela, Gérard occupe le poste de contremaître au sein de l’entreprise David, en charge du polissage et de l’appareillage des pierres tombales. Dans l’entreprise, l’organisation reste assez souple pour s’adapter aux travaux des champs et des jours sont libérés, notamment quand arrive la période des foins. Gérard a négocié un rythme spécifique : «  Moi j’ai travaillé toutes les semaines 5 jours com...

32. Pierre Coupée et Pierre Branlante

René Houstin – Le Gast. Pierre Coupée et Pierre Branlante. Dans le Bois du Gast, juste à côté de la carrière qu’exploitait le père de René, se trouve un site remarquable. La Pierre Coupée et la Pierre Branlante, blocs de granit massifs, ont été pendant longtemps un lieu de promenade prisé pour les habitants du secteur. «  Dans le temps, il y avait beaucoup de gens qui venaient et qui allaient se promener pour voir toutes ces pierres-là. Parce qu’il y avait la Pierre Coupée et puis il y avait une autre pierre qu’on appelait la Pierre Branlante. C’était énorme ! Elle faisait, je sais pas moi, 100 tonnes peut-être. Elle était posée sur un bloc rond et il y avait un endroit où on la prenait à la main et on faisait floc, floc, floc, floc. Et y’avait qu’un endroit et y’avait pas beaucoup de monde qui le savait. Souvent, mon père était demandé pour aller bouger la pierre. Il était à peu près le seul dans le coin à le savoir ! Et moi, ou je n’avais pas force ou je ne savais pas où aller.....

31. Le transport des blocs de granit avec les chevaux

René Houstin – Le Gast. Le transport des blocs de granit avec les chevaux. Une des problématiques des travailleurs du granit est le transport de leur production, qu’il s’agisse des blocs destinés à être travaillés en ateliers, notamment pour les monuments funéraires, ou des produits finis (moellons, pavés, mosaïques…) produits directement dans les carrières ou à partir des boules de surface. Avant que les camions ne fassent timidement leur apparition, à partir des années 1920, c’est la traction animale qui est sollicitée pour ces charrois. Pendant longtemps encore, ces deux modes de transport vont cohabiter. René se souvient du charrois des blocs avec les chevaux : «  Quand j’ai commencé moi, les moyens de transport, c’était avec les chevaux. Il y avait des transporteurs. Il y en avait un, Leprovost il s’appelait. Il était de Coulouvray ce bonhomme-là. Il avait peut-être une dizaine de chevaux et puis il avait les charrettes, mais alors ! Il avait les tombereaux mais ses...