Jocelyne Ozenne – Saint-Michel-de-Montjoie
Regard sur l’évolution de Saint-Michel-de-Montjoie
Maire de la commune depuis 2010, Jocelyne y est également née en 1958 et elle sait très bien défendre son territoire. « On dit toujours : "T'es sur les hauteurs…", "Ta Sibérie…", ça je l'ai entendu d'autres maires ! Oui, enfin voilà, on a une super belle vue sur la vallée de la Sée à Saint-Michel-de-Montjoie. J'aime bien ma commune !».
Jocelyne mesure les évolutions majeures qui ont marqué les cinquante dernières années. « On a quand même un paysage qui a beaucoup changé. Notre commune, avant, c'était tous les petits clos, les boules de granit qui sortaient plus ou moins, plus ou moins hautes et tout. Et, aujourd'hui, on a un paysage avec des boules de granit entassées le long des talus. C'est pour ça que j'aime bien aller sur Champ-du-Boult, parce que ça s'est conservé. Mais à Saint Michel, aujourd'hui, il faut les chercher les boules dans les champs. Mon époque, c'était des vaches dans les champs mais aujourd'hui il n’y en a plus beaucoup. Quand les gendarmes m'appellent pour me dire : "Il y a des bêtes sur la route", j'ai vite fait le tour de qui a encore des bêtes ! Non, quelqu'un qui arrive, des nouveaux habitants, si on leur dit : "Bah, c'est une commune du granit", ils vont avoir du mal à le croire à moins de se promener et de voir les anciennes carrières. Aujourd'hui il n’y a plus rien qui reflète qu’on était une commune avec… Bon, la roche, elle est toujours en terre, faut pas creuser loin, disons. Mais visible à l'œil, on ne voit plus grand-chose ».
L’activité liée au granit a aussi longtemps coloré la vie politique. « Ben, il y avait toujours deux listes à Saint-Michel-de-Montjoie. Jusqu'en 95, il y avait la liste de droite et la liste de gauche. Alors, plus la droite avec Monsieur Cathrin, Monsieur David, des agriculteurs... Très peu d'ouvriers dans la liste de Monsieur Cathrin. Et puis une liste de gauche avec des salariés à la fois de l'usine d'eau, des établissements David. Une liste plus ouvrière, quoi. Il y avait des fois des heurts, lors de repas de famille, par rapport à la politique. Oui, c'est vrai que la commune la plus ancrée à gauche dans notre coin, c'était Saint-Michel ». Jocelyne note l’évolution qui a suivi : « Bah, le mandat suivant, il n’y a pas eu de liste, voilà. Il y avait des individuels qui se présentaient mais il n’y a plus eu de liste complète où on disait droite-gauche ».
Cette diversité d’opinions se traduisait aussi dans l’espace, notamment celui des cafés : « Ils avaient leurs habitudes. Disons, surtout à la sortie de la messe : y’avait toute la partie Monsieur David, Monsieur Cathrin, tout ça allait plus facilement là, chez Madame Florentin à l'époque. Et puis les autres, plus les ouvriers, chez Madame Fleury. Mais ça, je ne sais pas si c'était dû à la politique… ». Sur cet aspect aussi, les choses ont bien évolué car il n’existe plus aujourd’hui un seul café à Saint-Michel-de-Montjoie…
