Accéder au contenu principal

35. Une vie de maçon

René Breux – Champ-du-Boult

Une vie de maçon

René a passé l’essentiel de sa vie professionnelle dans la maçonnerie. Après avoir grandi sur la ferme familiale, c’est pourtant en tant que plâtrier qu’il commence sa carrière, au retour de son service militaire, passé en Tunisie. Il est embauché dans l’entreprise Brunet à Vire et apprend le métier sur le tas. C’est sans compter avec les aléas de l’histoire : nous sommes alors en 1954, au mois d’août, et il est rappelé par l’armée pour servir en Algérie avec le contingent. Il y reste jusqu’à Noël avant d’être définitivement démobilisé.


Rentré au pays, il va voir son patron à Vire. « Il voulait bien me reprendre mais il voulait m'envoyer je ne sais pas où. Ça ne m'intéressait pas de repartir pour une semaine. Alors j'ai dit : "j'arrête". Et puis le maçon de Montjoie, là, il avait entendu dire que je cherchais du travail. Alors il vient un jour me trouver chez mon père, il me dit : "Si tu peux monter des briques au plâtre, tu peux les monter au ciment". Alors, c'est comme ça que je suis devenu maçon quoi ». Là aussi, l’apprentissage se fait sur le tas. « Ah ben, j'avais jamais maçonné, alors il a fallu apprendre le métier... ».

À ce moment-là, le métier de maçon est en pleine transformation : « Moi, j'ai pas travaillé beaucoup avec la chaux. J'ai directement maçonné au ciment. Mais y’avait trois-quatre sortes de ciments : un ciment pour faire telle chose, un ciment pour faire autre chose… ». Il distingue son travail de celui des tailleurs de pierre : « Eux, ils avaient des outils pour rogner la pierre mais, dans la maçonnerie, on n'a pas ça. Pour tailler la pierre, c'était au marteau. Il fallait une pierre qui ait un petit corps arrondi ? C'était au marteau. Faut pas taper trop dur. En tapant doucement, j’ai jamais eu de problèmes ».

« Je suis resté sept ans à Montjoie à travailler, puis je suis parti à Sourdeval dans une entreprise. Parce que, chez un artisan, ça payait pas dur, hein. C'était toujours la même question en vrai : fallait se débrouiller pour gagner un peu plus, toujours. Alors là, j'ai été onze ans chez le même patron ». Au sein de l’entreprise Gougeon, il travaille beaucoup sur Vire, pour édifier les immeubles du quartier de La Planche aussi bien que l’abattoir de la ville.

Lassé de devoir faire la route tous les jours, René est recruté en 1973 par l’entreprise David, à Saint-Michel-de-Montjoie, spécialisée notamment dans la production des monuments funéraires. Celle-ci est en plein essor et s’agrandit régulièrement. « Ah, ben j'en ai monté plusieurs bâtiments, oui ! Et puis des bardages. J'ai monté les bureaux, sur l'bord de la route, là. J'avais un manœuvre avec moi. Mais j'ai travaillé pendant longtemps à ça. Pour moi, c'était bien. C'était mon affaire ça ! ». Pendant les vingt ans qu’il a passés dans l’entreprise, René est employé aussi à l’installation des caveaux dans les cimetières. « Au début, c'était pas mon truc ! Manier le poli, c'est 'core aut'chose ça. Faut savoir le tenir dans la main et, moi, j'étais pas fait à ça, hein. Dans la maçonnerie, on a toujours de la pierre brute quoi. Ah ben c'est glissant le poli ! C'est comme du verre là, c'est pareil… Fallait serrer l'pu possible, faire attention qu'ça n'échappe pas, hein, c'est pas simple... ». Et ajoutant, le rire en coin : « Et moi, dans ma jeunesse, j'aurais jamais pensé faire ça. Parce que c'est pas encourageant de travailler dans un cimetière, hein ! "Ici repose, ici repose"... Y' a beaucoup de gens qui reposent ! ».