Accéder au contenu principal

36. Vivre et exploiter dans un environnement de granit

René Breux – Champ-du-Boult

Vivre et exploiter dans un environnement de granit

René est né en 1933 au lieu-dit Le Bois-Normand, à Champ-du-Boult, au pied du bois de Montjoie dans lequel se concentre une bonne partie des carrières de granit du secteur. À l’âge de 5 ans, il déménage avec ses parents à 500 mètres de là, à La Basse Aubidière, dans la maison où il vit toujours aujourd’hui.

Ses parents sont agriculteurs… et uniquement agriculteurs. À la différence de nombre de travailleurs de cette époque, son père ne se partage pas entre l’extraction ou la taille du granit et l’exploitation agricole : « Oh non, mon père n'a jamais touché à ça, lui. Je ne l'ai jamais vu tailler une pierre d'ailleurs ». Exploiter la terre, dans des champs où les boules de granit affleurent en tous sens, n’est cependant pas chose facile. « Il travaillait avec un cheval. Ben, le cheval, quand il arrivait au caillou, il arrêtait. Il savait le cheval où qu'y’avait l'caillou, il le sentait avec ses pattes. Alors il arrêtait et, quand c'était le moment du labour, fallait tourner le brabant pour passer à côté et puis perdre le moins de terrain possible. Et pour faucher c'était pareil : fallait contourner l'caillou ! ».

René a poursuivi l’activité de la ferme avec son épouse, à côté de son métier de maçon. « Moi, pour faucher, j'avais fait arracher tous les cailloux, comme ça j'étais tranquille. Parce qu'avec un tracteur, on n’en finit pas de tourner alentour. Oh, ben ça c'est vieux. J'ai arraché ça en 1975, en 75 ou 76, par là. J'ai arraché tous les cailloux, dans les champs fauchés. Au restant, non, ça ne nous gênait pas. Mes parents n'en ont jamais enlevé, ils n'avaient pas de matériel. Et quand les bulls sont arrivés, c'est ça qu'a fait du bien dans les champs. Les gens, ils ont nettoyé un champ et puis un deuxième… Oh, des boules, il y en avait une vingtaine par champ, oui ! Et les champs, ils n’étaient pas grands… Le plus grand, il faisait, je sais pas, en hectare euh… – on cause en vergées, nous –, ça faisait trois quart d'hectare. Les boules, il y en avait d'un mètre de haut, il y en avait des petites, il y en avait des grosses... On les tassait dans les coins ».

Ces boules ont été exploitées pour fournir le « granit gris », celui qui est utilisé dans les constructions. À ce sujet, René livre une anecdote : « J'ai entendu dire à mon grand-père que, pour la maison en face, la pierre avait été tirée dans le champ devant la porte-là. D'abord, vous n’aviez qu'à labourer un peu et vous en trouviez partout. Parce que dans le temps, ils tiraient la pierre pas loin des maisons pour ne pas avoir de transport. Il n'y avait pas de transporteur de pierre comme maintenant, hein ».

Le granit s’inscrit aussi dans les récits des habitants du territoire : « À Champ-du-Boult y'a une légende – c'est-y vrai, c'est-y pas vrai… – y'a la Chaise au braconnier. C'est une chaise qu'est taillée dans un bloc de pierre, une grosse boule justement, à La Davière. Vous ne connaissez pas ça ? Le chasseur, il s'assied là et puis il attend le lièvre... J'ai connu ça moi, on m'a toujours expliqué ça comme ça ».