Jocelyne Ozenne – Saint-Michel-de-Montjoie
Le Parc-musée du granit, héritage et interrogation sur l’avenir
Maire de la commune de Saint-Michel-de-Montjoie depuis 2010, Jocelyne a aujourd’hui une partie de la destinée du Parc-musée du granit entre ses mains. Celui-ci a été fondé en 1975 par le maire de l’époque, Marcel Cathrin, épaulé par son premier adjoint, Maxime David, par ailleurs patron de la principale entreprise de taille de granit de la commune. « Ouais, c'est vraiment tous les deux qui ont eu l'idée. Je pense que c'est leur amitié qui a fait que ça s’est réalisé ».
Constitué autour du savoir-faire des carriers et tailleurs de pierre du secteur, le musée rassemble un ensemble de pièces originales mettant en valeur le travail du granit. Jocelyne retrace l’histoire du lieu en feuilletant le cahier d’inventaire. « Le cahier a commencé en 72, donc l'idée devait dater au moins du début des années 70, parce que le temps de mettre tout ça en route, de trouver le terrain… ». Et d’énumérer les acquisitions faites, au fil des pages : « Asile Saint-Joseph de Sourdeval, un calvaire. À Saint-Germain-du-Crioult, un tour de pilaison en granit avec la roue, 700 francs... Monsieur David en a beaucoup transporté, hein. Et puis il y avait Georges Chapdelaine, ce qui était local quoi, quand il y avait besoin d'un tracteur… ».
L’ouverture et l’animation du site reposent surtout sur des bénévoles, issus notamment de l’association des Amis du granit qui réunit des anciens du métier. Le musée, municipal au départ, est intégré au cours des années 1990 à la régie des sites et musées gérée par le département. Cela se fait sous l’impulsion de Pierre Aguiton, élu du sud-Manche et président du conseil général, très sensible à la culture et au patrimoine. La reconnaissance, peu après, en tant que Musée de France permet l’embauche de personnel et d’assurer une ouverture plus large. Mais cela ne dure pas : le département se retire de la gestion du site en 2023. Une nouvelle convention est alors signée entre la commune, la communauté d'agglomération Mont Saint-Michel Normandie et l’association des Amis du granit. « Les barrières sont ouvertes, mais c'est en visite libre et on ne visite que l'extérieur. Ça, c'est mon grand regret. Il n’y a plus de présence physique au musée, sauf quand il y a des animations ou sur rendez-vous, quand il y a une visite, un groupe ou quelque chose. Mais voilà, aujourd'hui au musée, il n’y a plus personne ».
Jocelyne, fille d’un ouvrier polisseur, est particulièrement attachée à cet héritage mais mesure la difficulté pour le faire perdurer quand l’activité elle-même n’existe plus que par une seule carrière sur la commune et que disparaissent progressivement ceux qui possèdent ces savoir-faire. « Aujourd'hui, on a encore les anciens qui nous disent à quoi servaient certains objets qui sont dans le musée. Mais je me dis que dans 25-30 ans, bah la jeune génération, ils seront incapables de dire à quoi ça a servi. Pour que ce musée continue à vivre, il a besoin d'être modernisé… ». Jocelyne mesure le chemin à parcourir : « Moi, j'ai encore des gens de la commune qui me disent ne jamais être allés au musée... Et pourtant, dès qu'ils arrivent et tous les ans, je leur dis : "Le musée est gratuit. Lorsque vous avez du monde à manger chez vous, n'hésitez pas, vous venez au musée, vous faites un tour. Le cadre est sympa". Mais les gens n'en font pas la pub… L'avenir est quand même compliqué mais je me bats, hein ! Évidemment, on n'a pas de retombées directes, mais c'est quand même... C'est un bien qu'on a, qui a été acquis par nos anciens, et moi je voudrais que ça reste et que ça perdure dans le temps ».