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45. Le temps de travail dans les carrières

Jackie Eude et Joël Fouché – Le Gast / Champ-du-Boult

Le temps de travail dans les carrières

La mécanisation dans les carrières a induit, progressivement, une baisse de la part des tâcherons parmi les ouvriers pour privilégier des embauches directes. S’ils n’étaient pas toujours payés bien cher, les tâcherons, auparavant, avaient une relative liberté à laquelle ils étaient attachés : liberté de changer de patron, liberté de son temps, liberté parfois de gagner plus dans la mesure où ils étaient payés à la pièce…

Jackie précise : « Tu sais, ils travaillaient quand ils voulaient. Parce que, les carriers, ben, quand c'était l'ouverture de la chasse, t'avais plus personne dans les carrières, hein, ils étaient tous partis à la chasse ! Enfin beaucoup, 60 % je dirais... ».

Joël évoque une anecdote à ce sujet, concernant deux frères qui travaillaient alors en carrière : « C'est sûr que c'était tout à fait différent de maintenant. Une fois, j'avais été amusé, j'étais avec mon père, j'étais gamin. Mon père à ce moment-là, il avait trois billes [des bidons, ndlr] à lait dans sa brouette, qu'il allait mettre au bout de la route pour que le laitier lui prenne et puis il revenait avec ses billes vides. Et il m'faisait signe de… il s'était arrêté. Y’avait un sanglier qu'était là, pas loin de la rivière. Alors, effectivement, on regarde le sanglier… Puis ben, le sanglier, il nous a détectés à l'odeur. D'un coup, il s'est mis à flairer et il est reparti. J'ai su le lendemain à l'école – ça devait être le jeudi ça, sans doute – y’avait les deux frères qui travaillaient, y’en a un qui leur avait dit qu’il y avait un sanglier qu'avait passé, ils ont lâché tous les outils et ils sont tous partis après le sanglier ! ».

Et Joël d’ajouter en riant : « Y’en avait d'aucuns, j'ai l'impression justement, ils allaient travailler quand ils avaient besoin de... quand ils n'avaient plus d'sous ! ». Il se remémore : « Oui parce que, ils avaient une manière de vivre et c'était assez particulier, là, vraiment. Ils vivaient... bah ils vivaient à crédit. C'est-à-dire qu'ils étaient payés, les ouvriers, ils travaillaient six jours la semaine et ils étaient payés le samedi soir. Donc ils avaient pris toutes leurs courses à crédit. Et quand la paye arrivait, ils allaient payer le boulanger, l'épicier, tous les trucs... Et ils mangeaient le reste au café le samedi soir et le dimanche ». Et Jackie d’ajouter : « Et le lundi, ben, fallait repartir bosser... Ils repartaient à crédit ! ».